Anne-Claude Luisier
Sens des racines, essence de création
Le Valais m’a donné mes racines. Je suis née et j’ai passé mon enfance sur un coteau de la rive droite, dans un village à mi-chemin entre la plaine et la montagne. J’y ai trouvé des univers sensoriels très riches : l’odeur des vignes au soleil et des pressoirs en automne, les bruits de la laiterie, le toucher âpre de la terre lorsque l’on plantait les pommes de terre, le froid piquant en dévalant les pistes de ski, les goûts à la fois multiples et uniques des raclettes ou des pains de seigle, le goût si particulier de la poix de mélèze… Le Valais m’a enracinée dans un monde proche de la nature. Ces univers originels ont façonné ma mémoire sensorielle et m’ont donné l’envie d’explorer d’autres horizons.
Alors je suis partie…
J’ai découvert d’autres régions, j’ai expérimenté d’autres schémas. Ce n’était ni mieux, ni moins bien, juste différent. Dans mes racines, j’ai puisé les outils qui m’ont permis de découvrir d’autres univers. Et j’ai eu envie d’être associée au monde qui avance, au monde qui innove. C’est là que tout d’abord, je me suis sentie retenue par le poids des traditions si fortes en Valais. J’ai eu souvent l’envie de faire “plus” comme pour m’excuser de venir d’une région dont le passé paraît parfois plus important que l’avenir, d’une région où l’attachement aux traditions me semblait un frein à la nouveauté. J’ai également ressenti un certain malaise lorsque j’observais cette fierté d’être valaisan qui me paraissait parfois proche de l’arrogance. J’avais l’impression que cela pouvait empêcher de trouver ce qui se fait de bien ailleurs et renforcer l’isolement géographique.
Puis je suis revenue…
À mon retour, si j’ai connu la difficulté d’être une femme engagée professionnellement, si j’ai été confrontée au poids des modèles ancestraux qui hiérarchisent, qui classifient, qui donnent à chacun une place qui se voudrait immuable, qui confondent valeur et image, compétence et héritage, j’y ai surtout trouvé des femmes et des hommes habités par le souci d’être connectés au monde et animés par la même envie de construire l’avenir en alliant les savoir-faire d’ici et d’ailleurs. Alors je me suis rappelé mon enfance et j’ai apprivoisé mes racines en leur donnant leur juste place. Le Valais de ma jeunesse a imprégné mes choix et de cet univers sensoriel identitaire sont nés une passion, un moteur de création. J’en ai fait mon métier, mon entreprise, ma vie…
Anne-Claude Luisier, créatrice d’univers sensoriels
Source
- Témoignage du livre « Valais, Corps & Ames », chapitre « talents »

