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Les visages du Valais

Plus qu’un paysage, un temple de nature

Noces fusionnelles de la force et de la sérénité
D’une cime, d’un pâturage, d’un chemin, le Valais se révèle. Et c’est là son grand charme d’unir si vite et si bien, l’ampleur à l’intimité. D’une diversité inattendue sur un si petit territoire, les paysages s’imposent en multiples partitions, voire en heureux contrastes. Rive droite et rive gauche, déserts d’altitude et luxuriance de la plaine-jardin, vallée du Rhône et sommets enneigés, Haut-Valais et Bas-Valais… Encerclée de hautes montagnes, naturellement “auto-protégée”, sa nature unique,  généreuse, “chaleureuse” évoque ces jardins d’Éden empreints de pureté, de sensualité, d’authenticité. Une faune sauvage s’y épanouit – est-il meilleur gage de la qualité du “gîte” ? - comme ces chamois qu’on aperçoit de loin pareils à de grosses fourmis, ces lynx et ces loups revenus. Mais l’espace s’invente aussi et l’homme y marque son empreinte. Ici, un chalet silencieux, plus loin, une remontée mécanique aux allures de sauterelles, là-bas, des villages rapprochés. Images d’autant plus amicales que l’on sait que plus haut, “là-haut”, se déploient des zones inexplorées. Plus bas, ce sont dans les villes que ce pays, autrefois à forte dominante rurale, a vu son identité se fortifier. Peu nombreuses, de petite ou de plus grande importance, leur dynamisme attire. De mode de vie, la montagne est devenue cadre de vie et son infinie beauté s’offre à tous, comme un spectacle vivant.

Puissance du trait
Pointes, angles, crêtes, pyramides… Le langage géométrique sied aux sommets héroïques des quatre mille que l’inimitable silhouette du Cervin, montagne “cosmique”, semble à lui seul incarner. Toute une dentelle aérienne se détache sur le bleu du ciel. Preuves de l’entêtement des hommes à dominer la pente, les escaliers des terrasses, ces marches disposées “comme si on voulait escalader le ciel*“, émaillent le paysage valaisan. Au fil des siècles, sur ces bandes singulièrement étroites et étagées, ont mûri les ceps de vigne qui donnent un vin qui ressemble aux Valaisans, un vin qui a de l’unité dans la diversité. Mais que seraient ces motifs spectaculaires sans les courbes moelleuses et lisses des paysages enneigés, vibrantes sous un reflet, douces comme un voile ? Sans la plaine lisse, féconde, joyeuse ? Sans les dallages des champs de cultures ? Ici ce n’est pas la réconciliation des contraires, mais la dynamisation des opposés. Une fois l’équilibre réalisé, simple ou complexe, la beauté se révèle.

Le règne de l’immense
Le Valais en impose. Sa nature épique affiche une aptitude à l’incandescence, une complicité avec l’excès. Une dimension fantastique, et disons-le métaphysique, dominée par la présence de ces étendues vides où les oiseaux ne chantent plus. L’amplitude des altitudes, les repères géants, les déclivités intenses, toutes ces verticalités s’inscrivent à la perpendiculaire de la plaine. Ces cassures optiques, ces contrastes de l’espace donnent aux paysages un caractère unique. Le lointain côtoie le proche, le proche, le lointain. Cette dominante de verticalité peut entraîner des désirs impatients d’horizontalité, d’une brèche où laisser filer le regard à l’infini. Mais la frustration sera de courte durée. Le Valais offre une grande ouverture “vers l'intérieur”, malgré son encerclement. De véritables panoramas s’ouvrent, se referment, comme si un habile metteur en scène montait le décor. Les Valaisans sont bons spectateurs. Regarder est chez certains, un art accompli, ordinaire et quotidien.

En perpétuel mouvement
Ah ! La fausse immobilité de la montagne… Les crevasses changent de place, de forme, les glaciers reculent, les eaux souterraines cheminent, les avalanches couvent, les éboulements se précipitent. Ces dynamiques naturelles souvent peu visibles, s’avèrent redoutablement puissantes. Énergie tragique et fantasque, intrépide et majestueuse, que sous-tend toute la violence de l’incertain. Est-ce pourquoi le Valais a de tout temps été animé par une incessante activité humaine ? Terre de passage d’abord, terre de transhumance toujours, et depuis la fin du XIXe siècle, terre de mouvement des populations des vallées vers la plaine et ses centres urbains. En Valais, tout est mouvance.

Eaux magnifiées et magnifiques
Dans la glace et les glaciers, dans la beauté pure des lacs, dans ses brumes rosées, ses cascades joueuses, ses marais herbeux, l’eau imprègne les paysages, créant leur diversité, leur force ou leur poésie. À la fois abondante et déficitaire, bénéfique et dangereuse, elle possède avec le Valais une histoire écrite en amertume et en félicité, en désastres et en épopées, mais à l’origine de remarquables et emblématiques savoir-faire. Le Rhône, “le roi de la vallée”, fleuve libre durant des siècles, a historiquement, sentimentalement, fabriqué le canton. Entre attachement, mythe, indifférence et rejet, la plaine, aujourd’hui presque libérée de ses humeurs vagabondes et de ses insolences ravageuses (la troisième correction* est en cours), est devenue fertile. Matière “source” du Valais, l’eau s’y révèle d’une pureté infinie dont chaque gorgée recèle la saveur d’un ruisseau de montagne, le chant d’une source, le souffle de la terre, de la vie.

Climats superposés
Le Valais, c’est d’abord un ciel, un ciel lavé de tout, impeccable, neuf, comme au premier jour du monde. Un climat chaud et sec, exceptionnellement ensoleillé - le plus ensoleillé de Suisse -, dispense ses largesses. Sous ses archipels de sommets, on entend chanter la cigale, on voit pousser le thym, les abricotiers, la lavande... Des variétés que l’on voit d’ordinaire sous les ciels méditerranéens, trouvent ici, grâce au micro-climat, richesse et liberté. Mais ses contrastes s’avèrent tout aussi saisissants. Les saisons et les amplitudes de température sont intenses. Le temps tourne en un instant, les éléments se déchaînent comme sous le “souffle lunatique d’un géant”* et les demi-saisons dans ce pays qui aime les extrêmes, engendrent de fugitives mélancolies. Un climat très “local”, aussi. On passe en quelques heures de marche de champs de fraises ou d’asperges au fond de la vallée, aux régions où prospèrent les vignes, à des hauteurs où persiste encore l’hiver. La nature s’en réjouit. Quel autre pays réunit toutes les saisons dans un même instant, tous les temps dans un même lieu ? Mais partout en Valais, fédérateurs, soufflent ces mêmes vents fertiles, notamment le foehn, chaud et sec, et s’égrènent ces jeux de brumes, magies aériennes, qui offrent de spectaculaires mers de brouillard. Rutilance des carmins, stridences des ors, bleuité des cieux et des eaux, la palette d’une nature virtuose se dessine au rythme des saisons en couleurs pures et éclatantes sous le soleil. Laquelle domine ? Le bleu, bien sûr. Le “bleu valaisan” caractéristique du ciel dégagé, des lacs de montagne, des yeux des guides toujours éclaircis, encensé par la présence de la neige… blanche. Glaces éternelles, lait, nuages, flocons, voilà le blanc partout réchauffé par la gamme minérale des… gris. Ardoises patinées, roches, magnifiées par la profondeur du… bois. Chalets, bardeaux, simple banc bruni par le soleil, combiné avec la présence tonique du rouge… Blasons du canton et du FC Sion, coquelicots, vins profonds... Les fleurs de la montagne, plus blanches que la neige, plus bleues que le ciel, plus rouges que le drapeau, se moquent.

Transcendances de lumière
Sa grâce est partout. Dans les couleurs chavirées sous le soleil. Dans les ombres théâtrales des massifs sur la plaine. Dans les tapis de brume. Dans les effets de réverbération, de métallisation de la neige ou de la glace, jusqu’à l’éblouissement. Dans les palpitations des feuilles tendres. Dans la forme des choses. Dans le coeur des hommes. En Valais, la lumière unique, intense et pure, évoque la clarté d’un regard d’enfant. Source de bien-être, elle semble révéler plus qu’éclairer. Une lumière de peintre, en somme. Quand vient l’automne et ses subtiles transparences, on croirait entrer dans une estampe japonaise. Là-haut, les couchers de soleil sur les sommets célestes, s’opposent de leur fougueuse audace, à l’horizon qui hésite, aux surfaces de pêche, à la douceur des reflets. Une belle lumière fait toujours croire au bonheur.

Un monde vibrant de matières
Le propre d’un pays est de créer des images pour le souvenir et des sensations sous les doigts. En Valais, fluides contre solides, exaltantes ou froides, les matières s’enchevêtrent, se répondent, s’épousent. La roche omniprésente à la longue histoire géologique est à la fois “armature”, sculpture et matériau des paysages. Royaumes secrets passant inaperçus et pourtant à la naissance de tout, les sous-sols font la part belle au granit, aux minerais, au fer, aux serpentines… Grande alliée de la pierre, l’eau réside partout. Dans tous ses états. La petite neige matinale, le jeune ruisseau, le lac souterrain, la glace éternelle, le nuage dans sa course, la source violente, la flaque toute fraîche... Les feuillages de la vigne, des arbres du “jardin fruitier et potager de la Suisse”, un tapis d’aiguilles, l’herbe d’une prairie, les pétales d’une clématite réservent des offrandes de paradis. À ces matières éternelles, s’ajoutent la pierre et le bois, au naturel ou travaillés. Dans les chalets, les tours, les murs de vigne, les objets de tous les jours... Et merveilles de la généreuse nature et du talent des hommes, les viandes séchées, le miel, le seigle se caressent du regard. De ce catalogue inépuisable, une matière émerge, plus étonnante encore, infiniment précieuse et renommée : l’air pur. Sa subtilité qui rend les couleurs plus vives, les traits plus francs, ravit l’esprit et les sens.

Senteurs mythiques et prolifiques
Aussi contrastés que les saisons, aussi vifs que les couleurs, mille parfums rôdent dans la montagne, portés par les vents et la promesse de jours heureux, formant une fiole enivrante et singulière d’une saisissante pureté. Tout ce qui flotte dans l’air et s’y reflète entre dans sa composition. Les essences de fleurs, d’herbes aromatiques, de résine, de pollen, de prairies, de glaciers, de vignes et du vin, de mets traditionnels… Comme mythique, de toute éternité, elle évoque les senteurs d’un “jardin de paradis”.

Un silence habité
Le silence enfin. Un profond silence qui suspend la respiration. Un silence tellement grand qu’y retentissent les battements de son coeur. La goutte d’eau qui tombe. Le foehn dans les branches. Les “percussions” de la roche. Le bois qui craque. La cloche de l’église. Un accent rocailleux qui passe au bout du chemin. Les sonnailles du troupeau. La cascade plus bas. Ah le beau “silence” de la montagne ! Mais le voilà déjà qui se reforme, vous enveloppe, soucieux de sa pureté.

Sources