Val d'Hérens - les fiancés de la neige
Ajout?e 12.05.2011 par Christine Roh-Levrat
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Au printemps, dans le lit de la Dixence, on les retrouva, enlacés à jamais dans leur linceul de glace : Antoinette et Jérémie, les fiancés de la neige.
Cette année-là, l’hiver fut particulièrement rude. Le couloir à avalanche qui séparait le village de Mâche à son hameau de Mâchette fut abondamment recouvert par des avalanches successives. Les habitants de Mâchette furent coupés du monde. Il a neigé sans discontinuer. Les maisons de bois, brûlées par le soleil d’été, furent recouvertes. Les hommes s’épuisaient, du matin au soir, pour combattre le désert blanc. Accéder aux étables, nourrir les bêtes, creuser, encore creuser pour ne pas mourir.
C’était un combat inégal entre l’homme et les forces de la nature. Le froid intense eut raison de bien des vieux, qui, à bout de force, se couchaient dans la neige, les bras en croix. Oui, la rigueur de cet hiver-là est restée dans les mémoires.
Dans une chambre de Mâchette, Antoinette contemple le désert blanc. Mélancolique, elle pense à Jérémie, son amoureux. Nul au village ne connait l’intensité de leur amour qui s’est développé avec pudeur, nourri de regards furtifs sur le chemin des alpages.
Lors de la messe de minuit, dans la chapelle de Mâche, ils se donneront l’un à l’autre. «Nous irons communier ensemble, aussi près que possible l’un de l’autre. Tout sera dit en silence, dans le fond du cœur. Je serai dans le troisième banc à gauche. Nous nous trouverons bien pour monter vers la table sainte presque ensemble. Et, après, nous serons fiancés. Nous pourrons nous marier à Notre-Dame du mois d’août. Nos parents seront contents…»
Ce fut un triste Noël. Les habitants de Mâche sont inquiets pour ceux de Mâchette. Ils n’auront pas de cérémonie, pas de cloches, pas de fête, ont-ils encore de quoi se nourrir ? Traverser le couloir qui sépare les deux villages est bien trop dangereux. Assis dans le troisième banc à gauche, Jérémie écoute le sermon du capucin monté de Sion pour l’office, mais son cœur s’envole vers sa belle.
Le lendemain, torturé par son absence, il rassemble quelques amis. Ils décident de creuser un tunnel sous la neige pour secourir les habitants isolés. Ils creusent, creusent et creusent encore, des jours et des jours. L’énormité de la tâche décourage les amis. Seul, dans son tunnel blanc, Jérémie s’active avec ardeur. La nuit, le jour ? Plus d’importance. Antoinette l’habite, leurs âmes vibrent à l’unisson, bientôt, il sera près d’elle…
Cette nuit-là, le cœur d’Antoinette entend l’appel de son bien-aimé. Comment explique-t-on ce qui unit deux êtres ? Elle s’échappe de sa chambre, elle va le rejoindre, elle traversera le couloir, c’est ainsi…
Peut-elle seulement entendre le craquement, là-haut, dans la montagne ?
Le roulement de l’avalanche, puissant, sauvage, s’est répercuté longtemps dans la vallée cette nuit-là.
Résumé succinct d'un conte issu du magnifique livre « Les Fiancés de la Neige » de Maurice Zermatten
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